La construction amateur ?

L'occasion est rare et chère. En général les bateaux sont vendus bien pourvus en équipements. Ceci nous a orienté vers un bateau neuf qu'on peut équiper au fur et à mesure.

Nous avons choisi la construction amateur  parce que les circonstances nous ont accordé du temps libre et que nous ressentions le besoin d'avoir un projet à mener à bien, tout en faisant une bonne économie.

 

La construction ne pose pas de problèmes insurmontables.

Avec quelques aptitudes au travail manuel et en suivant les conseils du chantier Wrighton,  la méthode de construction adoptée pour la fabrication des bateaux en vue d'un prix de vente compétitif convient bien à la construction amateur.

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

 

L'assistance est bonne.

La gentillesse de Madame Wrighton et le soutien attentif de Monsieur Wrighton sont si naturels qu'on aurait tendance à oublier que sans eux ce serait bien plus difficile.

Nous avons trouvé un accueil sympathique auprès du chantier Espace Vag' à Concarneau. Chaque fois que nous en avons eu besoin, nous avons reçu aide et conseils utiles, et nous avons pu obtenir facilement électricité, eau et surtout les fournitures spécifiques au polyester (résine et choucroute).

De plus l'environnement "marin" est motivant et nous nous sommes fait des amis.

Le travail accompli est une satisfaction, surtout d'avoir triomphé de choses qui nous paraissaient être de vrais problèmes !

 

D'où sont venues nos difficultés ?

Dans la construction, elles sont venues chaque fois d'un procédé ou d'un produit que nous  découvrions. Mais elles se sont ensuite résolues avec la pratique.

La conduite du projet a été plus difficile à cause de l'éloignement entre notre chantier et notre domicile (600 km).

  • Nous avons été confrontés à un allongement de la durée du chantier.

De novembre à mars, même à Concarneau, lorsque le bateau est à l'extérieur, il est difficile de travailler à cause de la météo. Les températures trop basses interdisent le travail du polyester (3°C en avril dans la cabine) et on doit se contenter de travaux de préparation sans collage grâce à un chauffage d'appoint (à cette température là, souder des fils électriques c'est aussi la galère).

 Il faut-il être à proximité du chantier pour profiter des bonnes périodes météo.

  • Si on peut prévoir ce qu'on va faire dans les 4 à 5/6 mois qui viennent, sur une plus longue période il y a de nombreux aléas (santé, famille, boulot, météo) et soyez sûrs que tout s'y mettra pour vous retarder.
  • A chaque reprise du travail, nous sommes restés 2-3 jours à tourner en rond, délai nécessaire avant de reprendre le fil du chantier. Par ailleurs, nous avons constaté que nous avons toujours atteint la saturation complète après 3 semaines de travail continu.

Le chantier éloigné et extérieur a d'autres conséquences.

  • Il faut trimballer tous les outils tout le temps (y compris sur le chantier).
  • Il faut travailler avec un outillage léger sur une base précaire (tréteaux). L'établi pliant a été très utile.

Notez qu'il faut un bon moral et un bon caractère pour tourner le dos à la plage, renoncer aux sorties d'été, vivre sur les chapeaux des roues, manger "ce kya" et rentrer tous les soirs "crevés".

Parfois le curieux même sympathique n'est pas bien accueilli !

Dans ces conditions il faut une équipe solide. On aimerait profiter des bonnes volontés qui se présentent mais ce n'est pas facile de les intégrer dans le programme.

Le chantier extérieur a tout de même un avantage : s'il y a une entrée d'eau, vous ne pouvez pas la manquer. Instinctivement vous construisez étanche !

Trois cas d'entrée d'eau ont été observés, (notez le : après un grutage) :

  • après la livraison, au niveau du plancher du cockpit à la jonction avec le tube de la barre (reprise de Sikaflex sur le conseil de M. Wrighton)
  • après la mise à l'eau, sous la prise de pied de mât, défaut d'étanchéité du joint caoutchouc
  • idem, sous le rail de panneau de rouf (après lavage abondant)

 

Sur le plan financier, notre "gain" est sans doute moins important que prévu.
  • La construction sur un chantier loin de notre résidence principale a engendré des frais supplémentaires (location de l'emplacement durant 18 mois et nombreux déplacements routiers),
  • Le prix des fournitures achetées au chantier Wrighton est modéré, mais il faut encore acheter de l'outillage, et autres fournitures diverses.  

 

Autres considérations ...
  • Notre scie sauteuse était limite : aussi bien en capacité qu'en lames.
  • La perceuse était parfaite avec sa puissance, son mandrin capable de recevoir les plus grosses scies cloches, et surtout son variateur de vitesse et de couple.
  • La perceuse/visseuse/dévisseuse à batteries a été aussi très utile.
  • Le rabot électrique a été délaissé au profit d'un rabot à main acheté au salon nautique. (si vous y allez vous ne pouvez pas manquer le bonimenteur).
  • Nous n'avons pas utilisé la ponceuse électrique orbitale car la cale à poncer est plus efficace et moins risquée sur le plaquage orme du CTP (tendre).
  • En revanche, la "disqueuse" est indispensable pour tronçonner l'inox, scier le polyester (le puit moteur par exemple) et le poncer ou éliminer les bavures de résine ou le gel-coat.
  • Ne pas oublier une bonne scie à onglets avec angle ajustable.
  • Une défonceuse est un + pour avoir de belles découpes des ouvertures dans les panneaux.

Côté petites fournitures :

  •  ne pas hésiter  à acheter chez un marchand de matériel médical une grande quantité de gants  jetables (moins chers que ceux du rayon droguerie), et des "abaisse-langue" qui ont le bon profil pour les congés de choucroute.
  • pensez aussi à manger quelques pots de confiture en 1/2 litre et 1/4 de litre pour avoir toujours sous la main des doses pratiques de résine polyester.
  • le dosage de la résine se faisant au poids, une petite balance de cuisine est indispensable.

Le catalyseur est dosé à l'aide d'un flacon doseur à manipuler avec précaution : les projections sont dangereuses.

Elles se produisent quand le flacon se vide sous l'effet des variations de pression atmosphérique et de température, ou plus fréquemment lorsqu'il est presque vide et qu'on chasse des bulles.

Pour les contenants, on n'a pas trouvé mieux que les "pots de chambre" faciles à nettoyer à acheter au rayon spécialisé des marchands d'accastillage. Pour les petites quantités de gel-coat et les vernis, nous avons aussi utilisé des verres doseurs pour peinture achetés chez un fournisseur de pièces auto.

Ajoutez :

  • alcool à brûler pour nettoyer le Sikaflex,
  • acétone pour la résine et autres,
  • white spirit pour le vernis. 

Évidemment, il faut ajouter pinceaux jetables (sauf pour le vernis, malheureux !), papier essuie-tout en quantité et aussi ruban de papier à masquer. En parlant de masquer, n'oubliez pas les protections diverses (lunettes et masques). Le vernis bi-composant nécessite l'usage d'un masque avec filtre à cartouche (on l'avait oublié). Enfin vaut mieux pas être allergique à ces produits.

Après la résine polyester, le produit le plus utilisé est le Sikaflex, celui qui sert à faire l'étanchéité et le collage. Outre le conseil d'acheter un pistolet sérieux pour l'appliquer (ce sont vos mains qui sont en première ligne et ceux en plastique cassent) allez voir les explications du collage souple et autres conseils techniques sur le site Sikaflex .

Ensuite, c'est la colle à bois : une P.U. (poly-uréthane). Nous avons utilisé la colle Sader qui polymérise en moussant : nettoyage par grattage avec une lame de cutter.

Pour les vaigrages et dalles de sol, la colle fournie par le chantier Wrighton est peu engageante et pas très aisée à manipuler (couleur kaki, grands pots, durcisseur en pots). En fait, elle s'avère très efficace, plutôt facile à poser à la spatule crantée ou au pinceau et à nettoyer. J'ai noté qu'elle résiste à l'eau de mer.

Les vernis fournis sont de marque Sikkens. Ils comprennent un bi-composant en première couche qui sature et durcit le bois, suivi d'un mono-composant pour la finition appliqué en 2 couches. Brigitte s'est consacrée sérieusement au ponçage avant et après le bi-composant, et entre le bi-composant et le mono. La finition est très belle. Cet hiver, nous envisageons une 3ème couche après un léger ponçage (pour assurer l'adhérence). Notez qu'après ce traitement il est plus difficile de travailler le bois car la couche vernie qui est beaucoup plus dure a tendance à s'arracher.

En passant au supermarché Ducoin, mettez un rouleau de nappe en papier dans votre caddy ça vous servira pour reporter le profil des couples en passant sur le patron avec une roulette de couturière (conseil de Madame Wrighton, j'ai essaye plusieurs méthodes : c'est la meilleure). A ce sujet, ces profils sont prévus larges et il faut un gros ajustage. Un de ces panneaux (la cloison des toilettes/coffre AR) doit être sciée en 2 parties dixit le manuel. Ben, j'ai essayé d'éviter cette coupe : ça ne rentre pas dans la coque !

Moralité : bien souvent il n'y a qu'une méthode, la plus simple. On peut appeler ça "l'esprit Wrighton".

 

Au chapitre des outils indispensables, le fil à plomb, le niveau et l'équerre.

A ce sujet, ne lésinez pas sur le calage de la coque.

Comme les seules références sont au plafond et qu'il vous faudra les reporter au "plancher" avec le fil à plomb autant avoir un calage sûr. Posez les quilles sur des cales fermes sur un sol dur (et inversement). Pensez que si votre bateau reste là plus que quelques mois, le bois finira par se déformer et pire que les morceaux d'agglo s'écraseront.

Sur nos photos, la coque est soutenue à l'étrave : c'est surtout pour la protéger des conducteurs distraits ...

Et pendant que vous y êtes, tracez dès que possible l'axe longitudinal sur le fond du bateau. Ca vous fera gagner du temps plus tard et ce sera une référence efficace.

 

Les pièces d'accastillage et autres pièces d'équipement sont bien adaptées.

Nous n'avons pas éprouvé le besoin de les remplacer. Attention si l'achat du bois auprès d'un autre fournisseur vous tente, veillez à recevoir les bonnes dimensions en plan et en épaisseur car autrement vous devrez refaire tous vos débits. 

La visserie est livrée en petits sachets. Nous avons gardé cette formule en mettant des étiquettes sur les sachets et en aménageant un carton à chaussures en plusieurs casiers. Comme ça on a tout sous la main et c'est facile à trouver. On peut suivre la consommation car rien de plus énervant que de manquer d'un écrou pour terminer un travail. Pour la visserie supplémentaire veillez à la qualité de l'inox.

Le travail s'effectue avec la documentation à portée de main. Nous avons rangé tout le dossier dans un classeur avec les pages et les plans sous pochettes plastique. Avec le plan, la notice détaillée, l'état de visserie, les débits de petits bois, on arrive à s'y retrouver. Donc il faut tout avoir sous la main bien rangé, sinon gare au casse-tête.

Le constructeur modifie petit à petit ses méthodes et ajoute des améliorations de détail, ce qui nécessiterait des mises à jour de la notice. Seul moyen de palier ce petit inconvénient voir des bateaux, prendre des notes et des photos. Ces dernières seront bien utiles plus tard quand on sera au pied du mur.

A ce stade, nous avons aussi trouvé des conseils utiles dans le numéro hors série de Voile Magazine (Remettez à neuf votre bateau).

 

Ca y est, votre bateau est arrivé ...

et il va falloir le fermer. Pour cela il suffit de fabriquer une porte de rouf provisoire. Un bout de CTP choisi dans les chutes de Bricomachin fera l'affaire. Une fois le capot de rouf installé dans ses glissières, la serrure pourra être posée provisoirement sur cette porte qui n'aura pas besoin de recevoir 6 couches de vernis, le pêne s'engageant dans une encoche faite sur un tasseau placé en travers au bas de la porte et retenu par 2 serres joints.

C'est parti ... bon courage !

 

Ah ! Quel plaisir de naviguer !